Pourquoi et comment somatisons nous ?

S’il est encore difficile de répondre de manière certaine à ces 2 questions, nous commençons à avoir des pistes grâce aux récentes découvertes de la psycho-neuro-immunologie et aux travaux d’un certain nombre de chercheurs.

Ainsi, on reconnaît généralement une origine somatique à des maladies telles que l’asthme, l’eczéma, le psoriasis, l’ulcère à l’estomac par exemple, et de plus en plus souvent pour le cancer. Enfin, on envisage sérieusement dans les milieux scientifiques une origine émotionnelle à un grand nombre de pathologies grâce à l’étude de plus en plus poussée des neuromédiateurs et des hormones. De même, l’efficacité des placebos nous pousse à accepter le fait que le ressenti et les croyances puissent avoir une influence sur l’évolution d’un symptôme.

C’est Christian Flèche qui explique dans son ouvrage « Mon Corps pour me Guérir » que la pathologie (du grec pathos : souffrance et logos : parole) est l’expression d’une douleur souvent émotionnelle avant d’être physique. En effet, un choc vécu comme ingérable psychologiquement, sera exprimé par un symptôme physique. Et Christian Flèche va plus loin en expliquant que, puisque l’évènement déclenchant est refoulé dans l’inconscient une fois somatisé, la maladie serait la phase visible (la réaction) découlant d’une action devenue invisible.

Intuitivement, chacun pressent bien que le symptôme n’est pas l’effet du hasard. Lorsqu’on dit en langage populaire « j’en ai plein le dos » ou « ne te fais pas de bile » ou encore « ça me reste en travers de la gorge », nous parlons avec notre corps. Mais concrètement, comment arrivons nous à nous rendre malade ? Pour le comprendre, il faut détailler le processus de réponse au stress.

J’aime assez revenir aux origines de l’être humain parce que dans le domaine du stress, la réaction est archaïque. En l’occurrence, l’homme des cavernes avait 2 solutions en cas d’urgence : fuir, ou rester et se battre (ce que les anglo-saxons appellent la « Fight or Flight Response »). Dans les 2 cas, il avait besoin d’un surcroit d’énergie. Tout son organisme devait être mobilisé pour rendre possible une suractivité musculaire. C’est la raison pour laquelle, la réponse au stress induisait immédiatement un pic d’adrénaline se traduisant par une accélération du rythme cardiaque, une vasodilatation des vaisseaux sanguins, une dilatation des bronches, une augmentation du taux de glucose dans le sang, une dilatation des pupilles. Par ailleurs, la digestion était ralentie pour mobiliser un maximum d’énergie vers l’activité musculaire. En cas de prolongation de l’état de stress, les médullosurrénales prenaient le relais avec la sécrétion de cortisol. Et bien, c’est toujours exactement la même chose aujourd’hui alors que les causes de stress sont essentiellement psychologiques : une surcharge de travail, un conflit familial, des difficultés financières etc. Notre organisme se retrouve donc à traiter un excès de sucre dans le sang ou une accélération du rythme cardiaque dont il n’avait pas besoin. C’est ainsi que dans le cas de stress répété et prolongé on voit apparaître une hypertension artérielle ou un diabète, par exemple. De même, en cas de tension, on peut constater des troubles digestifs, des problèmes de transit etc. On comprendra aussi que le stress ne facilite pas le sommeil ou la fertilité pour ne citer que ces 2 exemples…

Voici donc illustrés les effets métaboliques du stress. Mais me direz-vous, et les douleurs dorsales ou une éruption cutanée ? Ce n’est pas l’excès d’adrénaline qui me donne mal au dos ou me couvre de boutons… En l’état actuel des connaissances, on pense que c’est surtout notre ressenti émotionnel qui induit ce genre d’effets. Parce qu’on a l’impression de « plier sous le poids des responsabilités » ou qu’on ne supporte plus une situation « qui nous donne des boutons ».

C’est ce qui fait dire que lorsqu’on cherche la cause d’une somatisation, il faut s’attacher aux ressentis plus qu’aux faits survenus. Un peu comme « peut importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse », un même fait peut être vécu différemment et donc donner lieu a des symptômes différents. Concrètement, un divorce par exemple, peut être vécu comme une difficulté ou une libération, et donnera donc lieu a somatisation ou pas. Mais s’il est perçu comme une difficulté, il peut être ressenti comme une injustice ou plutôt un abandon ou encore donner lieu a une immense jalousie ou bien à de la colère, autant de symptômes différents. Si toutefois somatisation il y a…

On estime qu’un choc émotionnel ne sera somatisé que si :
1 – il est inattendu, on ne le voit pas venir, c’est une chose désagréable à laquelle on n’est pas préparé. Eventuellement, on s’attendait à cette situation mais pas au ressenti qui lui est lié.
2 – le ressenti du choc est vécu dans l’isolement. La parole, le fait de verbaliser est toujours apaisant. Rappelons-nous que la maladie est souvent une parole du corps (patho-logie).
3 – on n’y trouve pas de solution satisfaisante et durable. La nature cherche l’équilibre en permanence, comme lorsqu’on fait un pas pour avancer, mais si cet équilibre n’est pas possible, alors notre psyché préfère refouler cette pensée ingérable et déclencher un processus de somatisation.

Voilà abordée de manière très simplifiée la question de la somatisation. Voilà aussi pourquoi il est intéressant de chercher quel ressenti a pu aboutir à un symptôme dont on n’arrive pas à se débarrasser. Dans les approches émotionnelles, le patient est actif. Il cherche à reprendre « le volant tenu par notre inconscient » afin de ne plus être simple « passager », comme l’explique encore Christian Flèche. Parce que, nous dit-il, si je remarque une flaque d’eau dans ma maison, je peux éponger et continuer à vaquer à mes occupations ou bien rechercher d’où vient la fuite. Deux approches différentes mais pas opposées, parce que tout comme il est indispensable d’éponger l’eau ET de rechercher la cause de la fuite, il faut traiter le symptôme ET en chercher l’origine. Et voilà donc pourquoi les approches holistiques, considérant le corps ET l’esprit, trouvent ici légitimement leur place.

 

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2 comments on “Pourquoi et comment somatisons nous ?

  1. Je me suis aperçue il y a peu, que plusieurs problèmes de santé étaient de la somatisation. Il faut beaucoup d’années, de recul sur soi et d’expérience de la vie pour réaliser ceci.
    Si je fais le compte … de très fortes douleurs dans les membres inexpliquées quand j’étais petite. Vers 16 ans, des périodes de brûlures d’estomac qui me clouaient au lit pendant plusieurs jours à chaque fois. Aucun médicament ne me calmait. Vers 20 ans, des douleurs horribles dans le bas du dos (toujours par période pour cela aussi). C’est un médecin remplaçant qui m’ a dit que c’était « nerveux ». Elle m’a prescrit une semaine de xanax. Cerre douleur est partie et plus jamais revenue. Sans doute parce que ce médecin m’avait donné la bonne explication…
    Il y a 3 ans j’ai eu un souci qui m’a énormément perturbée. J’ai eu des mots de tête qu’aucun médicament ne calmait. Vu que je fais de l’hypertension, j’ai pensé à ceci, mais ce n’étaient pas les mêmes douleurs. Verdict du médecin : céphalées de tension dûes au stress. Je sors de chez le médecin, je n’ai plus mal. Encore une fois, un docteur a mis les bons mots sur mes maux …et le doubleur est partie aussitot que je suis sortie de son cabinet.
    Il y a 3 ans aussi, j’ai commencé à avoir des douleurs derrières les omoplates. Ce fameux souci, à chaque fois qu’il se passait de nouvelles choses, j’avais comme des couteaux plantés derrière l’omoplate. Et puis mal à l’épaule…épanchement…puis capsulite rétractile. Je me documente sur internet et je lis que bien que l’on n’ait jamais pu le prouver, cette maladie survient régulièrement dans un contexte de grande anxiété…
    Je sais que c’est mon corps qui « parle » dans ces maladies. J’ai mis beaucoup de temps à comprendre ceci et à tout mettre en relation. Il est certain que c’est mon corps qui s’exprime. C’est lui qui dit « stop, il y a quelque chose. Et puisque tu ne peux pas y faire face, c’est moi, ton cerveau, qui envoie des signaux à ton corps ».
    Voilà…j’ai eu aussi au cours de ma vie 2 maladies gynéco (dont on ne sais pas d’où elles viennent, donc y a-il un rapport, je n’en sais rien …).
    Est-il utile de préciser que j’ai eu une « enfance pas facile » comme on dit … ?
    Je crois que ces maladies et douleurs sont reliées à des émotions et chocs psychologiques dont je ne me souviens pas. Alors comment faire ? À vrai dire je n’en sais trop rien….Je pense qu’étant consciente de tout ceci maintenant m’aidera peut-être.
    Le corps est une formidable machine, et je pense que bien des choses ne sont pas encore comprises comme elles le devraient.
    Comme j’aurais aimé pouvoir parler à un médecin comme ce fameux Christian Flèche !
    Merci pour votre article en tout cas..

    • Merci à vous Géraldine pur votre lecture, en effet vous semblez exprimer physiquement bon nombre de vos difficultés émotionnelles. Il est parfois bon de faire le point dans sa vie afin de se débarrasser de certains conflits intérieurs…

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